5 conseils indispensables pour élever des ruminants!

Depuis que je suis dans l'agriculture, j'ai fait beaucoup de formations et j'ai rencontré beaucoup de personnes. J'ai lu de nombreux livres et je me suis créer ma propre expérience. 

Dans cet article, je voulais partager avec vous les 5 conseils indispensables que j'aurai voulu connaître lorsque je me suis installée. Il ne s'agit pas de réinventer la roue mais de faire appel au bon sens paysan! Chaque éleveur et chaque ferme sont uniques, chaque systèmes agricoles se compose d'un environnement naturel, humain et économique et tout cela doit s'articuler avec harmonie pour créer une entreprise viable ET vivable. Voici des grands principes qui me servent chaque jours pour vivre de ma passion et produire durablement.

 

  • L'observation

Le premier conseil que je veux partager avec vous c'est l'observation. C'est une pratique qui se développe et qui s'affine avec le temps. Ce n'est pas facile d'avoir l’œil de l’éleveur lorsque l'on débute. Mais si l'on fait attention et si on prend le temps d'observer, si l'on considère ça comme une partie du travail, c'est un gain de temps énorme sur le moyen terme. Plus vous allez passer de temps dans votre troupeau, plus vous connaîtrez ( de manière individuelle ) le comportement, les habitudes de vos bêtes. Quand vous arrivez dans la bergerie, vous devriez voir très rapidement que quelque chose ne va pas. C'est cette attention, toutes ces observations qui vont vous faire gagner beaucoup de temps par la suite. Plus vous allez prendre du temps chaque jour, plus vous anticiperais les soucis de santé, de boiterie... Plus il sera facile de traiter, de guérir avant un état clinique de la maladie. C'est d'autant plus vrai en élevage biologique par l'action soit de l'homéopathie, de la phytothérapie ou de l'aromathérapie.

 

Cela fait 7 ans que je me suis penchée sur les médecines dites alternatives ( homéo-, phyto-, aroma-, ostéo-thérapie, acupuncture ), je trouve cela très intéressant et relativement facile à mettre en place pour des troupeaux de taille moyenne ( nous avons en tout une centaine d'ovins/caprins ). Il y a aujourd'hui de plus en plus de produits qui nous sont proposés, des produits très simples à base de plantes, facile à utiliser. Avec un certain coût parfois, mais j'aime penser au côté préventif. Si vous faites attention un petit peu à vos chiffres ( incontournable si vous voulez savoir ce qui est rentable ou non sur votre ferme ), que vous notez bien ce que vous utilisez pour vos animaux, vous pourrez rapidement vous rendre compte que ce que vous avez investit en prévention, ce sera ça de moins dans les traitements curatifs qui ont un coût très important avec des résultats parfois incertains...

 

Il y a une phrase, un principe dans la phytothérapie qui est très intéressant le "totum". Cela signifie que "le tout est plus important que la somme des parties". Le totum, c'est l'ensemble des molécules d'une plante médicinale. En phytothérapie, cet ensemble est plus efficace et donne plus de résultats que seulement un de ces éléments utilisé de manière isolée. Un des principes de la phytothérapie repose sur le fait que l'ensemble des molécules agit en synergie et produit un effet global important. C'est vraiment une notion fondamentale parce que l'on prend en compte l'ensemble des composants d'une plante, ce qui est à l'inverse de l'allopathie et de la chimie classique qui mettent plutôt en valeur une seule molécule. Le totum agit dans son ensemble et chacun des principes actifs de la plante a un rôle défini et il a été prouvé qu'il existait une certaine régulation et une certaine complémentarité de toutes ces molécules. 

Beaucoup de plantes sont facilement disponible autour de nos fermes ( l'ortie par exemple ). Il est facile d'en récolter un peu, de les sécher et de les donner ( de petites quantités suffisent ! ).

 

  • Pensez ruminants!

Quand j'ai commencé à m'intéresser aux médecines alternatives, j'ai vite été amenée à faire des formations sur l'alimentation des ruminants. Dans ces formations, j'ai appris que l'alimentation est le premier médicament! Comme pour nous en fait!

Ça a été très important pour moi, et un déclic quand un formateur du GIE zone verte, Paul Polis, a dit qu'il fallait arrêter de penser avec notre cerveau de mono-gastrique,  mais plutôt réfléchir comme des ruminants. Cela a été un grand changement dans mon esprit et mes pratiques de distribution du fourrage. Le fait de connaître le système digestif des ruminants est très très important adopter des pratiques d'élevage pour avoir de bonnes performances sans que cela ne soit coûteux.

 

Un des grands principes de la digestion des ruminants est que plus un ruminant ingère, moins il digère ! Une vache doit ingérer mais surtout valoriser ce fourrage en le digérant, c'est à dire en réduisant le grain en éléments assimilables. C'est le mode de fonctionnement des ruminants qui leur permet de digérer et de tirer profit de la cellulose. 

Un ruminant a différents temps d'activité dans sa journée. Le repas : c'est le moment où le ruminant avale la nourriture. La rumination : c'est le moment de la digestion, l'animal va régurgiter des bols de rumination, écraser avec ses mâchoires et les renvoyer dans la panse. Ensuite il y a le repos!

L'autre principe de la nutrition des ruminants, est qu'il y a un certain ordre dans la distribution de la ration journalière. il faut donner en premier le fourrage grossier ( des grosses fibres ) ce qui permet aux ruminants de produire de la salive. Cela permet de créer un tapis fibreux qui permet à la panse de bien fonctionner. 

Ces deux principes appliqués vous ferez des économies sur l'alimentation mais en plus chaque fois que vous donnerai un repas, il sera valorisé au maximum.

 Au début, j'avais tendance à trop nourrir mes animaux. La table d'alimentation n'était jamais vide, je mettais du foin même durant la journée! Après avoir fait cette formation avec le GIE zone verte, j'ai respecté ces principes simples. Je donnais d'abord le foin grossier,  après les granulés et après je redonnais du foin plus fin. Pendant plusieurs jours, j'ai bien regardé la quantité, noter les heures, pour savoir la quantité de foin ingérer par les vaches pour qu'au bout de 4 heures, il n'y ai plus de fourrage. Puis il y avait une pause à la mi-journée ( en période hivernale ). Toutes les vaches étaient couchées et ruminer ! Le soir, je faisais de même. C'est très facile à mettre en place et ça a changé énormément de choses dans l'élevage où j'étais à l'époque.

 

  • La prévention ( ou la simplicité des cures )

J'ai travaillé presque 5 ans dans un élevage en biodynamie, et depuis 4 ans en agriculture biologique. Je n'ai presque connu que ce genre d'agriculture et pour moi, ça n'est pas compliqué de travailler avec ces méthodes. J'ai noté que l'un des points importants dans ce genre d'élevage, où l'emploi de traitements curatifs allopathiques n'est pas souhaité, et soumis à réglementation quant aux nombres de traitements autorisé par individu, est la prévention. Elle est primordiale. On rejoint le premier point sur l'observation, nous le verrons un petit peu plus loin. En vous parlant de méthodes simples, cela nous permet de maintenir un équilibre de santé chez l'animal.

Dans notre ferme, durant la période hivernale, les périodes de transition alimentaire ou avant les mises-bas, on emploie des  cures qui permettent de soutenir les fonctions métaboliques des animaux.  On essaie d'accompagner au mieux les animaux pour leur permettre de passer ces périodes délicates. Je ne vais pas rentrer dans les détails ici, mais vous pouvez facilement éviter des maladies qui deviendraient très coûteuses pour vos marges de production et qui vous prendraient beaucoup de temps.

Voici quelques exemples de cures. 

Pour les agneaux et les chevreaux, dès leur naissance, on met en libre-service dans la case qui leur est dédiée, de l'argile verte en poudre. Cela évite des épisodes de diarrhée qui peuvent s'avérer compliqués et qui pourraient se transmettre du fait de la proximité en bergerie.

Dans l'eau de boisson, on mets du vinaigre de cidre ( j'ai commencé à produire du vinaigre de cidre pour notre consommation personnelle et c'est vraiment très simple à faire donc j'en fais en plus grosse quantité dans des bidons pour mes animaux ) . Le vinaigre permet de créer un environnement un peu plus acide dans leur panse, ce qui évite le développement des coccidies. Cet article très complet explique les propriétés du vinaigre de cidre.

Pour les adultes ont fait également des cures. Principalement des cures hivernales et un petit peu quand on voit qu'il y a une pression parasitaire qui pourrait se développer. Dans ce cas-là, on utilise du chlorure de magnésium.

Je fais également des cures d'huile de foie de poisson pour l'apport en vitamine D.

La réglementation vient de changer donc on ne peut plus l'utiliser en bio, mais avant on utilisait le soufre fleur. C'est très important pour la peau donc la laine! Si vous n'êtes pas en agriculture biologique, je pense que c'est un composant naturel que vous devriez l'utiliser.

On fait également des cures de plantes à tanin. Je vois une différence et les animaux sont en meilleure santé. Il y a une entreprise de Corrèze qui propose beaucoup de ce type de produit: le comptoir des plantes. Ce sont des gens très honnêtes, qui travaillent très bien et qui ont un conseil professionnel.

 

  • Gérer les transitions

Ce qui m'a poser problème au début, c'était de gérer les différentes transitions que connaît un animal au cours de sa vie. Les changements de régime alimentaire comme la mise à l'herbe; les changements physiologiques comme la gestation; les changements d’environnement comme l'hivernage en bergerie... Que ce soit des changements d'état ou d'alimentation il faut anticiper pour que cette période de transition soit douce avec un minimum de stress. Le fait de changer de régime alimentaire peut provoquer un stress et  déranger la flore digestive. Au niveau du fourrage consommé, passer du foin à l'herbe oblige le corps de l'animal à devoir gérer un stress et il oublie les autres fonctions qui lui permettent une bonne santé. Il faut intégrer cette notion de stress, c'est très important pour l'équilibre général d'un individu.

Quand vous faites des déplacements à pied vous pouvez préparer vos animaux par une diffusion d'huile essentielle de lavande pour les calmer et leur expliquer. Ils ne comprendront pas les mots mais je suis persuadée que les intentions passent entre les animaux et nous. Votre comportement aidera les animaux dans leur quotidien.

Pour anticiper, nous commençons à changer le régime alimentaire six semaines avant les mise-bas. Pour les soutenir dans la fin de la gestation, on fait du drainage hépatique...

Les conditions pour un nouvel état doivent être mises en place de manière douce et progressive.

 

  • Échanger 

Mon dernier conseil sera d'échanger avec d'autres éleveurs, avec des formateurs. De rester ouvert, se documenter,  lire des livres bien sûr !  Aller sur des forums,  je trouve que c'est intéressant, chacun d'entre nous partage son expérience. N'hésitez pas à faire des formations, c'est très très important. rapprochez-vous d'autres paysans, parlez de votre élevage, de leur élevage. Honnêtement je suis toujours ravie quand quelqu'un vient me voir et qu' il me pose des questions, me demande comment je fais. Échanger est primordial.

 

J'ai fait beaucoup de formations sur l'alimentation des ruminants et cela m'a été énormément bénéfique. J'ai également fait des formations sur l'homéopathie, l'aromathérapie... Rencontrer d'autres éleveurs de ma région, j'ai fait des formations sur les bâtiments. Je ne voulais pas rester enfermée dans ma petite ferme. Je sais que c'est parfois compliqué, on a un petit peu "la tête dans le guidon" ou devrais-je dire "la tête dans le seau" ! Mais essayer de se tenir au courant, rester informé car un outil de travail peut toujours évoluer. Il y a des petites choses qui prennent pas beaucoup de temps qui peuvent être améliorées facilement et qui change la vie ! N'hésitez pas à demander de l'aide à votre vétérinaire, aux chambres d'agriculture. Il y a beaucoup beaucoup de choses à apprendre tout au long de sa carrière et les ressources sont là aujourd'hui, nombreuses et facile d’accès. Il faut que je rédige un article sur les livres qui me semblent très intéressants pour l'élevage !

 

 

J'espère que ces conseils vous on plu et on ouvert des possibilités d'évolution dans votre élevage. Et si vous n'avez pas encore d'animaux, vous avez de la chance car c'est ce que j'aurais aimé savoir dés le début! Mais il faut du temps pour apprendre et le savoir doit se transmettre.

Quel est votre conseil pour moi et tous ceux qui élèvent ( ou veulent ) des animaux?